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Les Prophéties de Nostradamus

Les Prophéties (comprenant dix Centuries, une centurie étant un ensemble de cent quatrains) sont rééditées plusieurs fois de son vivant, avec, jusqu'à sa mort, de nouveaux ajouts. La première édition compte 353 quatrains, la dernière (posthume), 942. Il est possible qu'avec cet ouvrage, particulièrement soigné et rempli de références savantes, Nostradamus escomptait toucher un public cultivé, formé d'humanistes, de lettrés et de puissants.

Les Centuries ont donné lieu à la publication de près de dix mille ouvrages. Aujourd'hui encore, malgré des travaux sérieux, nul ne peut dire exactement ce qu'elles signifient.

Comme toujours avec Nostradamus, il faut faire preuve d'une certaine réserve. Son style obscur et son vocabulaire, mélange de vieux français, de latin et de provençal, donne aux exégètes une grande liberté d'interprétation. Nostradamus est un « virtuose de l'ambiguïté », qui a multiplié les anagrammes, les symboles, les références mythologiques et crypté tous ses quatrains à l'aide de figures de style.

Cette ambiguïté omniprésente favorise évidemment des interprétations très subjectives. Les Centuries ne sont aucunement explicites, et tout évènement cadrant a posteriori avec l'une des multiples interprétations d'un paragraphe est présenté comme l'interprétation juste - plusieurs interprétations "justes" d'une même prophétie cohabitant parfois chez les mêmes exégètes.

Quelques quatrains réputés prophétiques

* Le plus célèbre est le trente-cinquième de la première centurie (Centurie I, quatrain 35)

Le lyon ieune le vieux surmontera,

En champ bellique par singulier duelle,

Dans cage d'or les yeux luy creuera,

Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.



Selon les adeptes d'une lecture prophétique, ce quatrain ferait référence à la mort d'Henri II.

En juin 1559, le roi Henri II affronte le comte de Montgomery, lors d'un tournoi de chevalerie. Ils auraient porté tous deux un lion comme insigne. Henri II reçut la lance de son adversaire dans son casque (selon certains, en or) et eut l'œil transpercé. Il mourut dix jours plus tard.

On dit parfois (sans références probantes) que, lors de la publication de la première édition des Centuries en 1555, Henri II, dont la femme, Catherine de Médicis, était une fervente admiratrice de Nostradamus, aurait été averti de la présence de ce quatrain mais aurait surtout tenu compte de la présence du mot « duel », qui à son époque désignait surtout un règlement par les armes d'un différend entre deux personnes et ne se serait donc pas méfié lors du tournoi de chevalerie qui lui fut fatal.

Voici ce qu'en dit P. Brind'Amour (qui, pour sa part, pense que Nostradamus interprète un prodige céleste tel que celui qu'on aperçut en Suisse en 1547, montrant un combat entre deux lions) : « Ce quatrain, le plus célèbre des Centuries, fait les délices des amateurs d'occultisme, qui veulent y voir l'annonce du tournoi qui opposa Henri II et le sieur Gabriel de Lorge, comte de Montgomery, le 1er juillet[2] 1559. On sait qu'Henri II, blessé à l'œil par son adversaire, mourut de sa blessure le 10 juillet suivant. Les sceptiques, dont je suis, s'émerveillent de la coïncidence ; les adeptes y voient la preuve de ce qu'ils ont toujours su, à savoir que Nostradamus avait un don de clairvoyance. Pourtant personne à l'époque ne fit le rapprochement. » (Nostradamus astrophile, p. 267; Les premières Centuries ou Propheties, pp. 99-101).

B. Chevignard[3] note lui aussi, que « ni Blaise de Monluc, ni François de Vieilleville, ni Claude de l'Aubespine, ni Brantôme ne mentionnent une quelconque prophétie de l'oracle de Salon à ce propos, mais font état de leurs propres rêves prémonitoires ou d'une prédiction de l'astrologue napolitain Luca Gaurico ».

B. Chevignard[4] relève de plus que, dans ses Présages en prose, à la fin de ce qui concerne le mois de juin 1559 (Henri II fut blessé en juin et mourut en juillet), Nostradamus, après avoir écrit « Quelque grand Prince, Seigneur & dominateur souverain mourir, autres defaillir, & autres grandement pericliter », ce qui fait s'écrier à son dévoué exégète Chavigny : « Icy infailliblement est presagée la mort du Roy Henry II », avait ajouté immédiatement après : « La France grandement augmenter, triompher, magnifier, & beaucoup plus le sien Monarque », d'où ce second commentaire de Chavigny : « Ceci est dit pour deguiser le fait. »

Chavigny, d'ailleurs, n'a pas, lui non plus, interprété le quatrain I, 35 comme annonçant la mort d'Henri II. Cette interprétation n'est pas attestée avant l' Histoire et chronique de Provence, de César de Nostredame, 1614, p. 782.

* Centurie 2, quatrain 51:

Le sang du iuste à Londres fera faute,

Bruslez par foudres de vingt trois les six:

La dame antique cherra de place haute,

De mesme secte plusieurs seront occis.

Ce quatrain ferait référence au grand incendie de Londres, en 1666. On verrait dans ces quatre lignes le lieu (Londres), l'année (trois les six pour 1666), l'incendie (Bruslez par les foudres). La célèbre cathédrale Saint-Paul fut entièrement détruite (La dame antique cherra de place haute). Cependant Roger Prévost, lui, propose un lien purement historique avec l'Affaire des Templiers de 1307-1314.

* Centurie I, quatrain 25:

Perdu trouué caché de si long siecle,

Sera pasteur demy Dieu honnore:

Ains que la Lune acheue son grand siecle,

Par autres vents sera deshonnoré.

Ce quatrain évoquerait la découverte des germes par Louis Pasteur. Perdu trouué caché de si long siecle indiquerait le caractère caché et inconnu des germes. Pourtant, Prévost évoque la découverte par un simple berger espagnol (pasteur) du tombeau de St Jacques au IXe siècle.

* Centurie 6, quatrain 97:

Cinq & quarante degrez ciel bruslera

Feu approcher de la grand cité neuve

Instant grand flamme esparse sautera

Quand on voudra des Normans faire preuve.

Ce quatrain ferait référence aux attentats du 11 septembre 2001.Cinq & quarante degrez ferait référence à l'heure exacte où le premier avion kamikaze percuta les tours du World Trade Center (« degrez » signifiant « minutes », « cinq et quarante » = 45, soit 8 heures 45 minutes). Grand cité neuve indiquerait New York. bruslera, feu, Instant grand flamme esparse sautera évoqueraient un incendie soudain et violent. Mais il serait bien plus typique de Nostradamus d'attacher la désignation cité neuve simplement à une ville dont le nom signifie exactement cela – dont Villeneuve, Villanova et, bien sûr, Naples (gr. Neapolis, cité neuve), ville qui se trouve près du Vésuve et qui, lors de son éruption de 1139, fut en effet capturée par les Normans. Selon Lemesurier, la première expression serait alors une version de Cinq[uante minutes] & quarante degrez.

Source : Wikipedia